Saran - La Médecinerie

VIIe - Xe siècle


Contexte

L’Orléanais est aujourd’hui un des secteurs les mieux documentés pour la production et la consommation de matériaux de terre cuite du haut Moyen Âge. Cela est dû à la présence d’un vicus de potiers-tuiliers en fonctionnement durant tout le haut Moyen Âge (entre la fin du Ve et le IXe siècle), éloigné de moins de 10 km d’un centre urbain de première importance à la même époque. L’ensemble est exploré et étudié depuis la fin des années 1960.

La connexion directe entre les deux sites, assurée par la voie antique Orléans-Chartres le long de laquelle s’est établi le vicus de Saran, permet en outre aux artisans de diffuser leurs produits plus vers le nord en direction du pays Chartrain et du Casteldunois. Dans cette configuration, Orléans assure sans doute aussi un rôle de redistribution des productions dans le val de Loire via le fleuve. Les autres axes routiers partant de la ville complètent le réseau notamment vers le sud, bien que dans cette direction, le témoignage d’un approvisionnement depuis les ateliers de la lisière sud-ouest de la forêt d’Orléans fasse défaut.

À ce jour plus de 70 000 fragments de matériaux en terre cuite du haut Moyen Âge sont répertoriés, distribués sur une cinquantaine de sites, principalement répartis sur Orléans et les communes alentours. Outre les découvertes fortuites, souvent anciennes, concernant essentiellement des tuiles-antéfixes ou des modillons conservées dans les musées, les opérations archéologiques programmées et préventives de ces 15 dernières années sont à l’origine de l’essentiel du corpus. Toutefois, les contextes de production saranais restent les mieux documentés, en raison de l’emploi des rebuts de matériaux de construction en terre cuite dans les maçonneries des fours des potiers-tuiliers, notamment des VIe et VIIe siècles. La collecte systématique des matériaux de construction en terre cuite dans ces contextes représente ainsi plus de 90% du corpus.

En contexte d’atelier, les briques sont plus fréquentes (0,5 à 8 % du nombre de reste - NR) et la proportion de tegulae (72 à 89 %) est bien supérieure aux imbrices (11 à 28 %). Ces résultats sont bien évidemment en lien avec le remploi des ratés de cuissons dans les maçonneries des fours sur l’atelier, favorisant les éléments plats au détriment des imbrices – la forme bombée de ces derniers étant plus difficile à mettre en œuvre dans les fours. A contrario, dans les sites d’habitat, la proportion de briques dépasse rarement 1 % de l’ensemble des éléments prélevés et la part entre tegulae et imbrices est tout à fait différente.

Les terres cuites à Saran paraissent montrer des objets principalement destinés à la mise en œuvre des corniches et des toitures. Les contextes de consommation, quant à eux variés, témoignent d’un emploi diversifié allant de la simple toiture de tegulae et d’imbrices à celle combinant des modillons révélant ainsi l’existence d’une véritable corniche. Couvrant une architecture de pierre, particulièrement en milieu urbain, ou de matériaux périssables, de poteaux plantés dans le cas de quelques habitats ruraux, cette toiture traditionnelle héritée de l’Antiquité marque principalement les habitats privilégiés et en majorité urbains comme en témoignent les cas actuellement documentés.